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La satirique Pieuvre du midi se recueille

Mis à jour : juil. 7


Une délicieuse et « délictueuse » encre pieuvresque vient enrichir les bibliothèques

Rencontre avec Rémy Castang (éditeur à l’origine du projet et K dessinateur de BD et illustrateur dans la Pieuvre du Midi)

L’Encre de la Pieuvre : un délectant OK Corral au pays de Ménard (and Co)

Jouissif bilan de quatre années de mandat de Robert Ménard et de la vie politique Ouest Hérault en dessins humoristiques - et pas que.

« Il était une fois dans l’ouest du 34 », « Robert, Emmanuelle, Frédéric et les autres », Duel dans le grand Ouest du 34 » : 4 Années de Western du grand Biterrois qui se savourent comme du bon vin, et retracent avec brio et sans complaisance aucune, la vie politique tumultueuse et parfois politiquement incorrecte de la cité Cathare et de ses voisines. Occasion est aussi donnée ici aux lecteurs, de connaître l’envers du décor, ce qui nul doute les fera sourire - et parfois grincer des dents. Quoiqu’il en soit, ces albums « collector » ne laisseront personne indifférent, et sauront séduire Biterrois, Héraultais comme ceux du « Pays de Paris » (sourire), qui gagneront à s’en enrichir !

L’ADB ne pouvait pas passer à côté de cet évènement, et avait promis de vous en dire plus sur la très attendue sortie officielle de ces trois opus de la collection l’Encre de la Pieuvre, qui sous le travail de Rémy Castan de l’Atelier Tintamarre de Toulouse, retracent à travers une compilation de dessins parus entre 2016 et 2020, les grands moments et thématiques précieuses - et souvent ubuesque, du grand Béziers politique.

Des opus qui auraient plu à Clint Eastwood, sous première de couverture western, oui, mais pas que.

Les faibles contre le pouvoir, avec « le fort » qui harangue et promet à coup de joutes médiatiques (verbales & visuelles) ce qu’il sait très bien être attendu par « les faibles » - et attiser l’œil parisien, les Ping Pong et revers politiques, les alliances secrètes, les « je t’aime moi non plus », les coulisses des marionnettistes, le blancs contre les peaux rouges, le Shérif du village qui voulait être Kalife à la place du Kalife , la favorite du seigneur… etc. Bref, de quelque bord politique que l’on soit, ces ouvrages là promettent d’être une délectation jouissive en image (et en quelques mots) des tribulations de Robert Ménard dans l’Ouest Hérault. Car s’il est vrai qu’ici, tout le monde passe à la casserole (c’est là la signature de notre consœur la Pieuvre du Midi), il n’en demeure pas moins qu’il est difficile de ne pas s’attarder sur ce petit homme, vif et nerveux, pas inintelligent et quelque peu despote, en gigotant sans cesse à coup de grands renforts médiatiques.

A l’origine…

… était La pieuvre du midi. Dans un désert d’un quelconque contre pouvoir politique, face à un « Ici Béziers » rarement vu dans la sphère pourtant nombreuse des journaux de municipalité, et face à un premier magistrat de Béziers qui semble bien souvent menacer tout « fidèle » qui trahirait sa position, ne serait-ce par un encart publicitaire ailleurs que dans son « show journal » . Il faut dire que Robert Ménard les connaît les mots, (comme les maux) dont il se sert à son escient pour appâter et épater les habitants de SA ville, et interpeller Paris, la France d’un autre !

« Pieuvre(f) et poulpe(m) sont des noms vernaculaires ambigus désignant en français certains céphalopodes benthiques… Ces animaux se caractérisent, au sein des céphalopodes, par leurs huit bras et leur grande intelligence ». A Béziers, cet animal littéraire « sévit » de manière exponentielle avec humour, satire et sérieux journalistique, dans la peinture hebdomadaire de la fresque politique – et donc socialement importante, de nos élus locaux, de leurs amis et de leurs congénères. Nous citerons bien sûr Pierre Emmanuel Azam, créateur, acteur et pourvoyeur principal de l’animal et de son encre teintée d’un redoutable fiel éclairé … Ancien rédacteur au Républicain puis à l’Hérault du jour à Béziers pendant plus d’une dizaine d’années, ce Biterrois pur cru a créé en 2016, celle qui allait devenir la « bête noire » des politiciens de la région, épinglés tour à tour par l’Hebdo satirique biterrois.

En scène illustrative, et pas des moindres, armé de son crayon, et d’un regard tranquille, amusé et caustique sur la société comme sur ses congénères il y a monsieur K, alias Jean-Charles Lemaire, le maintenant célèbre illustrateur de la Pieuvre du Midi, dont la modestie n’égal que le talent. Car du talent, il en a ce doux poète réaliste. Après des débuts sous d’autres horizons artistiques (cinéma, audiovisuel, musique), LE meilleur illustrateur de « chez nous » est revenu à ses premières passions pour le plaisir de tous : le dessin et la bande dessinée.

D’autres rédacteurs et dessinateurs du cru, et de talent aussi, complètent d’une plume encrée ce joyeux duo « pieuvresque », rejoints pour des Une de prestige par des illustres crayons tels que Arroyo (Buck Danny), Margerin (Lucien), Yoann (Spirou)…

Et il n’est pas sans mentir que de dire que ces quatre années d’ancrage politique illustrés de mains de maître ont marqué - et marqueront encore, l’histoire de l’Ouest Hérault. C’est sans doute cela (entre autre) qui a plu à Rémy de l’Atelier Tintamarre, ce témoignage ubuesque qui donne du poil à gratter pour le pouvoir en place, et qui constituera, sans nul doute, en sus d’un bon, très bon moment de lecture, un témoignage de qualité dans les années à venir.


Rencontre avec Rémy Castang de l’Atelier Tintamarre (Auteur et éditeur à l’origine du projet) et K dessinateur de BD et illustrateur dans la Pieuvre du Midi)

Vous connaissiez déjà Pierre Emmanuel Azam ?

Rémy Castan : Je l’avais rencontré lorsqu’il travaillait à l’Hérault du Jour. C’était à l’occasion des CD que je produisais à l’époque de la Féria de Béziers en live.

Quelle était alors votre activité principale ?

Rémy Castan : Je produisais depuis quelques temps déjà la plupart des musiques et des chants occitans, dans ce qu’ils ont de plus anciens et populaires. C’était avant de me lancer dans les expositions, principalement sur leur expression populaire du XIXème au début du XXème siècle. Mais vous voyez, par exemple, quand je produisais un CD, les personnes, séduites, en achetaient un et achetaient… 4 couvertures du CD : Ils les gravaient pour leurs amis. Ca devenait catastrophique ! Je me suis alors lancé dans le travail des expositions avec l’Association Fin’ Amor, à travers des caricatures et dessins qui représentaient chacune des thématiques, la crise viticole, Jaurès, les animaux totémiques du Languedoc, l’aviateur Louis Polan, les misérables d’Hugo à travers ses illustrations… Savez-vous, concernant les Misérables d’Hugo qu’il avait, dans sa deuxième édition intégré des dessins afin de faire connaître cette « peinture de l’époque » à ceux qui ne savaient pas lire ? Ce point de vue de rendre l’aspect populaire à ce qui pouvait être réservé à des érudits est pour moi essentiel. A l’époque on tirait au sort pour savoir qui allait pouvoir garder le livre chez lui… Vous savez, une des erreurs du dessin, de la lecture qu’on en fait parfois, c’est de le lire avec notre regard d’aujourd’hui, sans le re contextualiser.

Comment vous est venu le désir de mettre la Pieuvre en tomes ?

Rémy Castan J’ai connu la Pieuvre du Midi il y a 3 ans, lors du Chapiteau du livre de Sérignan. Et tout naturellement je leur ai demandé pourquoi ils ne feraient pas d’album des dessins de leurs couvertures etc. Mais sans arrière pensée à ce moment là, quant à une implication personnelle quelconque…

Ce qu’on a oublié c’est que la Pieuvre rentre dans une tradition populaire énorme sur Béziers

K : Mais tu nous connaissais déjà à ce moment là ? (interviewé prend la place de l’ADB)

Non, j’avais entendu parler de vous, mais je ne connaissais pas vraiment la revue en tant que telle. Et j’avais, à l’époque, un partie pris de travailler sur la mémoire. Pendant plusieurs années j’ai donc fait le choix de ne pas travailler avec les contemporains. Puis entre temps, j’ai décidé d’accompagner des dessinateurs contemporains hors normes, hors cadre…

Ce qu’on a oublié c’est que la Pieuvre rentre dans une tradition populaire énorme sur Béziers. Au début du siècle, on avait au moins 4 revues satiriques, le Fouet, le Chameau qui rit … Ces revues, c’est une des bases de mon travail, je me nourris de ça. Ce qui m’amuse dans le projet est aussi de faire une base qui servira aux chercheurs dans 30 ou 40 ans. Généralement ces journaux satiriques sont très souvent pertinents. Ils donnent du poil à gratter pour le pouvoir, ce qui fait bien souvent que les maires en place ne les apprécient pas vraiment. A l’époque, par exemple, sur le Fouet on trouve beaucoup de traces sur la population qui se retournent contre les avocats des fraudeurs de ceux qui avaient de grosses propriétés et faisaient du mouillage, c’est à dire mettaient de l’eau dans le vin. Ces journaux sont importants.

Et comment vous vous êtes revus ? Comment s’est décidé et formalisé le projet ?

En 2019, au festival de la BD j’ai retrouvé K, et je les ai relancés sur le projet. Nous nous sommes alors revus avec PE (Pierre Emmanuel Azam), puis tous ensembles… et après ça le chemin a été long pour arriver à savoir comment on allait travailler. Et finalement, on a décidé de le faire sur l’ensemble des numéros de la Pieuvre et sous des thématiques.

Chronologiquement ?

K : Non, par thèmes. En fait il y a plusieurs thèmes mais avec tout de même une chronologie pour chaque thématique. Par exemple, dans chaque thématique qui reprend Emmanuelle Ménard, Rémy en a fait une compilation, avec une évolution. Ca a été un travail de dingue ! Il fallait dans un premier temps compiler près de 3000 dessins, les classer par thèmes, puis créer des fils conducteurs. Pour les écoles, autre exemple, ça débute avec le comptage des élèves étrangers, jusqu’au prétendu incendie au sein d’une autre école (arrivé en fait sur un parking), en passant par les incendies des écoles de la Devèze et des cantines…

Pourquoi 3 livres en final ?

K : Car il y avait quand même beaucoup de thématiques, et chaque livre n’a que 66 pages. Ca peut paraitre beaucoup, mais au nombre de thèmes présents, c’est peu… D’autant qu’on a souhaité ne pas compiler en petit, et avoir des pages pleines avec des découpes. Une page sur trois est des premières de couverture, et les 2 autres sont des suites de dessins…

Rémy Castan : On a souhaité tout utiliser dans la pieuvre, certains jeux ou strips qui sont souvent des redondances du thème évoqué. Avec parfois les « fausses une ».

K : Après avoir défini les thèmes et les dessins, Rémy a raconté une histoire. On a alors fait un texte pour contextualiser et reconstituer l’évolution des affaires et des personnages avec des références.

Ça a été un réel travail de collaboration quasi en continu…

Tome 1. »Il était une fois dans l’Ouest du 34 » : Robert Ménard et ses tribulations, ses rapports avec ses collaborateurs, le président de l’Agglo, Paris, le FN… et l’ascension de son épouse

Tome 2.« Robert, Emmanuelle, Frédéric et les autres » : Robert Ménard et sa politique dans la cité, entre facettes et façades avec des découvertes passionnantes, « la guerre de Bob contre Fredo » (R.Ménard/F.Lacas, président de l’agglo Béziers-Méditerranée), « Annulator » (Le sous préfet Christian Pouget, et toujours Emmanuelle Ménard dans sa (toujours) on ascension

Tome 3. »Duel dans le Grand Ouest du 34 » : Regards sur l’ensemble du Grand-Ouest, politiquement régulièrement dépeint par la pieuvre dans ses villages, au sein de ses hebdomadaires, avec les caricatures des « collègues » de Bob le guetteur…

Rémy Castan : En préparation : « cahiers de voyages » le Languedoc , La Provence et le Littoral méditerranéen vus par Alfred Robida à la fin du XIXème siècle (sortie en avril) Préparation des salons du livre et de la Bd à partir de mai dans l’Aude, le Gard et les PO et la grande région Occitanie.

Monsieur K : dernière publication « Maria veut un enfant » (Editions Tapage). Chez Clareton (librairie des Sources) et sur commande/demande

Alter Ego (sur facebook et blog). Publication quotidienne « un jour une case »

Projet en cours : « Apéritivopolis », roman graphique imaginant Colette venant passer quelques jours d’été dans le Béziers des années 1900.

BD, et autres publications/travaux : Blog : http://elukubration.blogspot.com/

A l’affiche de Monciné et au Méga CGR