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Le film du mois

Mis à jour : mars 11


Le cas Richard Jewell : On ne peut pas passer à côté du 40ème long métrage de Clint Eastwood, d ’autant plus quand il s’agit de donner à connaître un de ces outsiders sous le feu de la rampe pour avoir fait son « putain de boulot ». L'hommage ambivalent d'Eastwood à une Amérique d'avant le 11 septembre trouve encore ici une autre variation enrichissante sur ses thèmes de prédilection à travers un portrait à charge sans complaisance contre le FBI et les médias...


Son mépris pour ces derniers est au centre de Richard Jewell, un personnage « lambda » devenu héro, puis paria d’une société de l’apparence, de l’immédiateté et de la gourmandise pour le spectacle. Pour les amateurs de ce dernier (le spectacle), le spectateur pourrait être déçu, Clint Eastwood choisissant ici de narrer sans ses habituelles scènes épiques - et en privilégiant un excellent centrage sur l’homme, l’histoire d’un petit gars ordinaire, qui évolue « petit », obéissant, sans cri ni bruit, dans une ubuesque chasse à l’homme.


L’histoire

Richard Jewell, un homme célibataire et obèse vivant entre ses armes et ses jeux vidéo chez sa mère, a un rêve : devenir policier. Faute d’y parvenir, il s’investit à fond dans son métier d’agent de sécurité. Lors des Jeux Olympiques d’Atlanta de 1996, vigile de la manifestation, il donne l’alerte quant à la présence d’une bombe. S’il est trop tard pour déjouer l’attentat, son intervention permet d’éviter un nombre de victimes potentiellement supérieur. Au lendemain de l’explosion, le petit homme ventru est encensé par le pays tout entier tel un héro national. Succès de courte durée, car très vite il devient le principal suspect du FBI, au motif que son profil coïncide avec une certaine typologie de poseur de bombes : « homme blanc moyen, frustré, souvent ancien de la police ou de l’armée, cherchant à attirer sur lui les lumières et la reconnaissance ». Les médias de masse se mêlent au FBI (faut-il rassurer en trouvant un coupable ?), et c’est alors un vrai parcours du combattant pour ce naïf monsieur tout le monde issu de la classe moyenne.


Mettre en exergue les héros ordinaires de l’Amérique « d’en bas », tout en dénonçant les dérives médiatiques et politiques est bien, mais…

Clint Eastwood, maître incontesté du 7ème art, s’est à maintes reprises attaché à d’autres outsiders inspirés d’histoires vraies : Sully, l’histoire de Sully Sullenberger (Tom Hanks) le pilote d'US Airways qui sauva ses passagers en héro avant d’être le fruit d’une enquête éprouvante ; La mule, relatant la vie de Leo Sharp (Clint Eastwood), un ancien vétéran de guerre qui se reconverti en passeur de drogue (au début malgré lui) pour aider sa famille, American Snipper, l'adaptation de l'autobiographie homonyme du tireur d'élite américain et ancien membre des SEAL, Chris Kyle (Bradley Cooper), etc.

Dans ce dernier, le talentueux cinéaste octogénaire rend hommage à un homme qui, de par son talent et son patriotisme sauva bon nombre de soldats en servant l’Amérique. Ce film d’anthologie devient un des plus grands succès (commercial) de Clint Eastwood. Il y fait néanmoins quelques « impasses », dont celle de mettre de côté l’aspect historique (la 3èmeguerre du Golf), et un des traits du héro, celui d’un homme peu humble, qui a écrit une autobiographie vantant ses prouesses, en se targuant d’avoir tué quelques centaines de personnes de plus que celles déclarées officiellement.

Dans Richard Jewell, l’impasse porte sur deux éléments dont l’un est similaire : le protagoniste conserve chez lui, ou plutôt chez sa mère, nombre d’armes. La typologie de cet homme qui a peut-être besoin de celles-ci pour être reconnu, n’est guère développée par Clint Eastwood, comme la personnalité du véritable poseur de bombe Eric Rudolph, un proche des milices et mouvements religieux extrémistes, hostiles au gouvernement fédéral et justifiant son acte en affirmant sa volonté de sanctionner la politique du gouvernement sur l'avortement.

Mais ce n’était pas là le propos de Clint, qui semble surtout bien souvent fasciné par l’aspect quasi solitaire et glorieux de ces personnages « sauveurs » de l’Amérique, patriotes et gentils fils, maris, ou pères de famille.

Il  filme la passion, celle que ces héros lui insufflent. Il dénonce l’injustice, filme les sentiments comme personne, avec son droit bien gagné de ne s’attacher qu’à ce qui lui importe. Et il filme ici presqu’avec hargne le contraste du faible contre le fort.


Un casting tiré à quatre épingles

Paul Walter Hauser, cantonné jusqu’ici a des rôles secondaires (Moi, Tonya, Unbreakable Kimmy Schmidt, Kingdom) trouve ici un premier rôle d’envergure, interprétant à merveille un Américain moyen, élevé « dans le respect de l’autorité ». Il illustre avec justice et brio le fait que la foi dans les institutions qui sont censé protéger, peut être salement égratignée. A souligner l’excellente Kathy Bates (sa mère), nominée pour les Oscars et les Goldes Globes,  et les non moins talentueux Jon Hamm, Olivia Wilde, Sam Rockwell…  Un casting de qualité qui concoure sans nul doute à l’intensité du cas Richard Jowell.


A l’affiche de Monciné et au Méga CGR